Une bibliothèque, deux sœurs, une conviction.
Nous avons grandi dans une maison où les murs disparaissaient derrière les livres. Une grande bibliothèque familiale, de celles qu’on explore enfant sans en comprendre encore la valeur, et qu’on ne cesse jamais vraiment de relire à l’âge adulte. C’est sans doute là, entre ces rayonnages, qu’est né sans le savoir le projet que nous portons aujourd’hui : L’Oublioir.
Nous sommes deux sœurs, séparées de 10 années et deux parcours qui se sont construits séparément avant de se retrouver ici, sur ce projet commun.

L’une de nous a suivi des études d’éducatrice de jeunes enfants — un métier du soin, de l’écoute et de l’attention portée à celles et ceux que la société relègue trop souvent en marge. C’est un regard qui infuse profondément notre manière de penser cette collection : rendre une place à toutes celles qui ont été mise de côté et dont la littérature ne porte pas les voix. Ce n’est jamais un geste neutre mais relève d’un vrai choix qui constitue le fondement même de L’Oublioir.
L’autre a suivi un parcours universitaire tourné vers les mêmes questions, mais par d’autres chemins : un master de recherche en sociologie à Paris 7 Denis Diderot, consacré aux migrations, au genre et au développement, pensés à travers les théories féministes et post/décoloniales ainsi qu’une licence LLCER à l’Inalco, spécialité amharique. Après plusieurs années dans l’éducation nationale comme enseignante, directrice d’école puis maîtresse formatrice, elle a choisi de faire davantage de place à ses projets personnels — et notamment à celui-ci.
Ce qui nous relie
Au-delà de nos parcours respectifs, ce sont des valeurs communes qui nous ont menées jusqu’ici : un féminisme qui ne se pense jamais séparément des questions de race, de classe et de colonialité ; un humanisme exigeant, qui refuse de hiérarchiser les vies et les récits ; un profond respect du vivant et de la nature ; et par-dessus tout, un attachement viscéral à la transmission — donner à voir, donner à lire, donner à comprendre, pour que d’autres n’aient pas à découvrir aussi tard que nous ce qui leur avait pourtant toujours été destiné.
Pourquoi L’Oublioir ?
Nous avons grandi entourées de livres, et pourtant : combien de voix de femmes avons-nous ignorées pendant toutes ces années de lecture ? Combien de pensées, de récits, d’histoires écrites par des femmes — européennes, africaines, arabes, asiatiques, caribéennes, autochtones — ne nous sont jamais parvenues et ne nous ont pas nourries, transformées, simplement parce que personne ne nous les avait mises entre les mains ?
L’Oublioir est né de cette question, et de la conviction qu’il n’est jamais trop tard pour y répondre. Ce livre existe d’abord parce qu’un autre livre nous est tombé entre les mains : Les Grandes Oubliées, de Titiou Lecoq. Sa lecture a été une vraie prise de conscience — non pas d’un oubli ponctuel, mais d’un effacement systémique, répété à chaque génération, d’une partie entière de l’humanité hors de la mémoire commune. C’est dans ce livre que nous avons découvert la citation d’Aimé Césaire dont nous avons emprunté le nom : « Faites fonctionner l’oublioir ! », écrivait-il dans son Discours sur le colonialisme (1950), pour dénoncer la machine à effacer que les puissances coloniales faisaient tourner sur leurs propres crimes. Nous avons choisi de retourner ce mot : là où il désignait un outil de silence, il devient chez nous un outil de mémoire. Ce n’est pas seulement une bibliothèque : c’est un geste de réparation, une tentative de rassembler ce que l’histoire littéraire a laissé de côté — romans, poésie, essais féministes, écrits postcoloniaux et décoloniaux, travaux d’historiennes — pour que ces voix cessent d’être des exceptions et puissent être lues, entendues et valorisées. Pour que l’histoire redonne enfin sa place et sa vision du monde aux femmes qui ont traversé les siècles avec leurs luttes, sans jamais se couper des réalités du monde et sans se laisser enfermer dans ce que l’on attendait d’elles.
Mais surtout, pour que plus jamais aucune petite fille ne s’entende dire qu’elle ne peut pas faire ce dont elle rêve à cause de son sexe.
Il est de notre devoir de continuer à œuvrer pour les générations futures, et nous avons choisi notre part : celle de la transmission. Parce que nous sommes persuadées que c’est en donnant une place plus juste à la pluralité des voix des femmes à travers le monde et l’histoire que nous pourrons continuer à leur donner des raisons de penser, parler, découvrir, créer librement — et d’en inspirer d’autres à leur tour. Si les hommes ont longtemps cru avoir fait l’histoire seuls, il est indispensable de donner à voir aux générations futures comment la pensée, les questionnements et les luttes des femmes ont eux aussi contribué à façonner le monde.
Ce fonds, nous le construisons livre après livre, avec le temps et les moyens qui sont les nôtres — et avec vous, si vous le souhaitez. Chaque ouvrage parrainé, chaque don, chaque partage nous rapproche un peu plus de ce que nous voulons offrir : une collection vivante, accessible, et fidèle à la diversité des femmes qui l’ont écrite.
Si ce projet vous parle, la page « Les ouvrages à parrainer » vous permet d’y prendre part concrètement — un livre à la fois.
Emmeline & Manon
Fondatrices de L’Oublioir
